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Una abeille dans un champ de colza

Observer une abeille prélever du nectar sur une fleur ne permet pas de connaître le potentiel d’une miellée.
Pour changer d’échelle, il faut relier cinq éléments :

  • le nombre de plantes par mètre carré ;

  • le nombre de fleurs ouvertes et nectarifères par plante ;

  • la quantité de sucre produite par fleur ;

  • la durée réelle de sécrétion ;

  • la superficie du champ.

Les calculs à effectuer pour passer de la fleur au kg de miel/ha

1. Calculer le nombre de fleurs par mètre carré
2. Passer du mètre carré à l’hectare
3. Calculer la production quotidienne de sucre
4. Intégrer la durée de la miellée

En considérant qu’un miel contient environ 80 % de sucres, on obtient ensuite un équivalent simplifié en miel en kg/ha

La formule de base

N_fleurs/ha​ = N_plantes/m2​ × N_fleursouvertes/plante​ × 10 000

Il faut compter les fleurs réellement ouvertes pendant la période étudiée, et non toutes celles que la plante produira au cours de la saison.

Exemple réel sur la miellée de colza

Une étude de terrain a relevé en moyenne :

  • 46 grappes florales par m² ;

  • 7 fleurs ouvertes par grappe.

Nombre de fleurs ouvertes par m² : 46 × 7 = 322 fleurs/m2​

Nombre de fleurs ouvertes par hectare : 322 × 10 000 = 3 220 000 fleurs/ha​

La production mesurée dans les fleurs protégées était de : 47,1 μg de sucres/fleur/heure

Production théorique par hectare :

 3 220 000 × 47,1 = 151 662 000 μg/ha/heure

Sachant que : 1 kg = 1 000 000 000 μg
On obtient : 151 662 000 / 1 000 000 000 ​= 0,152 kg de sucres/ha/heure​

La modélisation statistique des chercheurs aboutissait à environ 0,14 kg/ha/heure, valeur proche de notre calcul simplifié. Harris et al., 2024.

Si les conditions restent favorables pendant huit heures :

0,14 × 8 = 1,12 kg de sucres/ha/jour​

Pour un champ de 20 hectares : 1,12 × 20 = 22,4 kg de sucres/jour​

Convention simplifiée d’un miel :

Avec une convention simplifiée d’un miel contenant environ 80 % de sucres, l’équivalent théorique serait :

22,4​ / 0,80 = 28 kg de miel​

Conclusion apicole :

Ces 28 kg ne constituent pas une récolte prévisible. Il s’agit d’un équivalent théorique brut pour l’ensemble du champ. Une partie du nectar :

  • restera dans les fleurs ;

  • sera consommée par d’autres insectes ;

  • sera inaccessible aux abeilles ;

  • sera dépensée pendant le vol et le fonctionnement des colonies ;

  • ne sera pas transformée en miel récoltable ;

  • pourra disparaître si les conditions météorologiques se dégradent.

Ce calcul sert surtout à comparer des parcelles ou à évaluer l’ordre de grandeur d’une ressource.

Prenons un autre exemple (pédagogique) portant sur une parcelle de 12 hectares.

Supposons que l’on mesure :

  • 20 plantes par m² ;

  • 40 fleurs ouvertes et productives par plante ;

  • 0,3 mg de sucre produit par fleur et par jour ;

  • 10 jours de sécrétion nectarifère réellement favorable.

1. Calculer le nombre de fleurs par mètre carré

20 plantes × 40 fleurs = 800 fleurs/m²

2. Passer du mètre carré à l’hectare

Un hectare représente 10 000 m² :

800 × 10 000 = 8 000 000 de fleurs ouvertes par hectare

3. Calculer la production quotidienne de sucre

8 000 000 × 0,3 mg = 2 400 000 mg

Comme 1 000 000 mg correspondent à 1 kg :

2 400 000 ÷ 1 000 000 = 2,4 kg de sucre par hectare et par jour

4. Intégrer la durée de la miellée

2,4 × 10 jours = 24 kg de sucre par hectare

Pour obtenir un équivalent simplifié en miel, on peut considérer qu’un miel mûr contient environ 80 % de sucres :

24 ÷ 0,80 = 30 kg de miel théorique par hectare

Conclusion apicole : l’équivalent théorique brut pour l’ensemble du champ

La parcelle couvre 12 hectares :

30 × 12 = 360 kg de miel théorique brut pour l’ensemble du champ

Ce résultat ne signifie absolument pas que l’apiculteur récoltera 360 kg de miel.

Il représente un plafond biologique calculé à partir des hypothèses retenues.
Une partie du nectar ne sera pas récoltée en raison :

  • du vent, de la pluie ou de températures défavorables ;

  • des fleurs inaccessibles ou insuffisamment attractives ;

  • de la concurrence entre colonies et autres pollinisateurs ;

  • de la distance entre le rucher et la parcelle ;

  • de la consommation énergétique des butineuses ;

  • des besoins alimentaires de la colonie ;

  • de la capacité des ruches à mobiliser suffisamment de butineuses.

Le passage de la fleur à l’hectare permet donc d’estimer le potentiel brut d’une ressource, mais pas de prédire directement la quantité de miel qui sera mise en pot.

Pour l’apiculteur, le véritable enjeu consiste ensuite à déterminer quelle proportion de ce potentiel pourra être effectivement visitée, rapportée à la ruche, transformée en miel puis récoltée.